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Mardi 01 Mai 2007

Psychose maniaco-dépressive : cerveau hyper-réactif même en rémission

Molecular Psychiatry 2007 Journal of Psychiatry 2007
Même en phase de rémission, les sujets atteints de trouble bipolaire, trouble de l’humeur autrefois appelé psychose maniaco-dépressive, font preuve d’une hyper-réactivité à des stimuli émotionnels, révèle une étude menée par une unité CEA – Inserm du Service hospitalier Joliot (SHFJ). Une seconde étude a permis d’observer par ailleurs chez ces sujets une densité accrue de la matière blanche, câblage qui permet à l’information de circuler entre les deux hémisphères du cerveau. Ces deux études sont publiées respectivement dans l’American Journal of Psychiatry d’avril 2007 et dans Molecular Psychiatry de mai 2007.


La psychose maniaco-dépressive (PMD) ou trouble bipolaire, est une affection psychiatrique fréquente qui, dans sa forme la plus aigüe, touche entre 0,4 et 1,6% de la population et débute souvent chez l’adolescent ou le jeune adulte. Souvent invalidante sur le plan socioprofessionnel, cette maladie comporte des épisodes maniaques, caractérisés classiquement par une hyperactivité, un état d’euphorie, alternant avec la survenue fréquente d’un ou de plusieurs épisodes dépressifs majeurs.
 
Les deux études menées au SHFJ portaient sur des patients en phase de rémission, qui ne présentaient plus de symptômes de la maladie. Grâce aux techniques d’imagerie par résonance magnétique (IRM), les chercheurs ont pu constater que des particularités d’ordre anatomique et fonctionnel persistaient malgré tout chez ces sujets.
 
La première étude a mesuré l’activation des régions du cerveau impliquées dans le traitement de l’information émotionnelle de dix-sept patients (suivis en psychiatrie dans les hôpitaux Henri-Mondor & Albert-Chenevier à Créteil) et de dix-sept témoins. Les chercheurs ont projeté aux sujets six séries de visages sans émotion intercalés avec des visages exprimant la joie ou la peur. Chaque série combinait deux types d’expression (joie/peur ; peur/absence d’émotion ; joie/absence d’émotion), l’une étant majoritaire, l’autre constituant l’intrus. Pour chacune de ces séries, le
sujet avait pour consigne de sélectionner de manière réflexe un des deux états émotionnels et de rejeter l’autre.
 
Les résultats du test montrent que les performances des sujets en phase de rémission sont équivalentes à celles du groupe témoin : les scores obtenus sont sensiblement les mêmes. En revanche, l’IRMf (imagerie par résonnance fonctionnelle) révèle que pour exécuter ces différentes tâches, qui supposent que des informations d’ordre émotionnel interfèrent avec les capacités d’inhibition, les sujets atteints de troubles bipolaires mobilisent davantage les aires cérébrales impliquées dans le traitement des émotions que le groupe témoin[1]. Outre cette sur-activation des aires cérébrales concernées (régions frontales et parties des noyaux gris centraux), les sujets atteints de trouble bipolaire mobilisent, contrairement au groupe témoin, d’autres structures situées dans le cortex temporal.
 
La seconde étude, qui portait sur seize patients et seize témoins, a étudié la densité de la matière blanche, qui conduit l'influx nerveux vers la matière grise2. Grâce à l’IRM de diffusion, utilisée pour établir l’architecture fine du tissu neuronal, les chercheurs ont constaté une augmentation significative des fibres de matière blanche chez ces mêmes sujets bipolaires en phase de rémission. Cet accroissement régional de la matière blanche, en modifiant la transmission de l’information dans certaines zones du cerveau, pourrait contribuer à expliquer les résultats de la première étude chez les mêmes patients. Est-il à l’origine de cette sur-activation des aires liées au traitement de l’information émotionnelle ou est-il la conséquence d’un processus d’adaptation du cerveau à cette sur-sollicitation ? Dans tous les cas, cette particularité qui persiste au-delà de la disparition de tout symptôme chez le patient, pourrait témoigner de remaniements persistants desrégions du cerveau liées aux émotions.
 
 
[1] Les sujets ont été soumis à un exercice de contrôle bâti sur le même principe, où il s’agissait cette fois de sélectionner ou de rejeter soit un visage masculin soit un visage féminin. Lorsque le processus émotionnel n’est pas engagé, on ne constate pas de différence de traitement de l’information entre le groupe atteint de trouble bipolaire et le groupe témoin.
[2] Le cerveau est principalement constitué de 3 éléments : la matière grise, la matière blanche et le liquide céphalo-rachidien. La matière grise contient les noyaux des neurones et se situe à la surface du cerveau (gyri et sillons du cortex cérébral) et dans les noyaux gris centraux (thalamus, noyaux caudés, etc.). C'est le siège de toutes nos actions, pensées, sensations, etc. La matière blanche est formée d’axones, prolongations des neurones. Ces fibres sont les autoroutes de l'information. Elles sont entourées d’une couche de myéline, substance graisseuse qui facilite la transmission d’information. Le liquide céphalo-rachidien, qui circule dans et autour du cerveau, lui offre une protection liquide et un moyen de transport pour certaines substances.