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Mercredi 01 Août 2007

Spécialisation hémisphérique moindre pour le langage chez des patients atteints de schizophrénie

Biol Psychiatry. 1;57(9):1020-1028
CEA
Mieux comprendre la physiopathologie de la schizophrénie et son impact thérapeutique


Une équipe mixte CEA-CNRS du centre d’imagerie neurosciences et d’applications aux pathologies (I²BM-CI-NAPS), en collaboration avec les universités de Caen et Paris V, et le CHU de Caen, viennent, grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), de montrer la persistance dans le temps d’une modification de la latéralisation1 hémisphériquepour le langage chez des patients droitiers atteints de schizophrénie2.
 
Pour 95 à 100% des sujets sains droitiers, l’hémisphère cérébral dominant pour le langage est le gauche. L’aire de Broca, siège de la parole, est également très latéralisée du côté gauche pour les droitiers alors que les gauchers utilisent l’hémisphère gauche, droit ou même les deux hémisphères.
Concernant les patients souffrant de schizophrénie, dans une précédente étude, les chercheurs de CI-NAPS ont mis en évidence que ceux qui étaient droitiers présentaient une moindre latéralisation gauche voire même une latéralisation atypique (droite) pour le langage dans environ 30% des cas3. Ce résultat est important à considérer dans la mesure où la schizophrénie se caractérise essentiellement par des troubles du langage tels les hallucinations auditives et les troubles du cours de la pensée.
Deux ans après cette première publication, les chercheurs de CI-NPAS démontrent la stabilité d’une telle modification fonctionnelle chez des patients souffrant de schizophrénie lors d’une étude à long terme. Démontrer qu’une telle modification fonctionnelle est stable dans le temps, indépendante du degré de sévérité des symptômes, des performances à la tâche, de la durée de la maladie ouvre comme perspective l’identification d’un marqueur inhérent à la maladie.
 
Ces résultats pourraient avoir un impact important dans le maniement d’une nouvelle thérapeutique, la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (rTMS)4. Cette technique est préconisée dans le traitement des hallucinations auditives des patients schizophrènes. L’IRM fonctionnelle qui est aussi une méthode non invasive offrant la possibilité d’évaluer les réseaux du langage et la latéralisation fonctionnelle pour le langage, permettrait de guider au mieux les sites de stimulation de la rTMS, à droite ou à gauche selon la latéralisation prédominante observée chez le patient et d’améliorer ainsi les effets bénéfiques de cette nouvelle thérapeutique.
 
L’illustration montre des activations détectées en IRMf lors de l’écoute d’un texte ; elles sont prédominantes à gauche chez un sujet contrôle alors qu’elles sont localisées essentiellement à droite chez un patient schizophrène.
1 La latéralisation désigne la différence de performance entre les deux parties, droite et gauche, du cerveau qui ont chacune leur manière d'appréhender l'environnement, le langage, l'action, l’espace, les émotions…
2Razafimandimby A, Maiza O, Herve PY, Lecardeur L, Delamillieure P, Brazo P, Mazoyer B, Tzourio-Mazoyer N, Dollfus S. (2007) Stability of functional language lateralization over time in schizophrenia patients. Schizophrenia Research 94(1-3):197-206
3Dollfus S, Razafimandimby A, Delamillieure P, Brazo P, Joliot M, Mazoyer B, Tzourio-Mazoyer N. (2005) Atypical hemispheric specialization for language in right-handed schizophrenia patients. Biol Psychiatry. 1;57(9):1020-1028
4rTMS (Repetitive transcranial magnetic stimulation). La stimulation magnétique transcranienne répétitive  est une technique qui est utilisée, entre autres, pour le traitement des dépressions résistantes ou dépressions majeures. La stimulation, indolore, se fait à l'aide d'une bobine magnétique au niveau du cortex frontal (dans la dépression) ou temporal (dans les hallucinations auditives).