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Mercredi 13 janvier 2010

SIDA : vers un vaccin à ADN

Martinon F., et al., Human gene therapy, octobre 2009
CEA
Des chercheurs du Service d’immunovirologie (iMETI) ont réussi à induire une réponse immunitaire forte par injection intradermique d’un vaccin à ADN dirigé contre le VIH. « Remplacer la vaccination classique par une vaccination à base d’ADN présenterait de nombreux avantages : coût moindre, stabilité à température ambiante, facilité de production à grande échelle », précise Frédéric Martinon à l’origine de ces travaux.


Le principe de ce vaccin à ADN est simple. Un petit fragment d’ADN codant pour une protéine du VIH est introduit dans les cellules de la peau par une simple injection indradermique. Celles-ci vont fabriquer à partir de cet ADN la protéine qui va se comporter comme un antigène et déclencher une réponse immunitaire. À l’étude depuis les années 90, les vaccins à ADN se sont montrés assez peu performants chez le primate et lors d’essais cliniques effectués chez l’Homme. Pour améliorer leur efficacité, les chercheurs ont développé, avec la société FIT Biotech dans le cadre du projet européen Epivac, un nouveau type d’ADN qui a la propriété d’augmenter considérablement la quantité d’antigène produit et de maintenir une persistance de la réponse immunitaire sur le long terme, au moins 3 ans. De surcroît, ils ont développé une nouvelle méthode d’injection associant à l’injection classique par une aiguille intradermique un petit choc électrique permettant de créer, très transitoirement, des pores dans la membrane cellulaire. Cette technique augmente significativement la quantité d’ADN vaccinal qui entre dans les cellules de l’épiderme. Ce vaccin induit chez le macaque, la production de lymphocytes capables de tuer les cellules infectées par le virus à des niveaux jamais atteints par les vaccins classiques, ce qui est particulièrement important pour lutter contre les maladies infectieuses chroniques comme le Sida. Après avoir développé et établi la preuve de concept de l’utilisation possible de ce type de vaccin chez l’animal, les chercheurs vont maintenant tester son efficacité chez l’Homme.

Ces résultats sont médicalement très prometteurs car le développement de vaccins de ce type pourrait être appliqué à toutes les infections chroniques, comme par exemple l’hépatite C ou B. Ils ont également ne portée scientifique importante car les mécanismes précoces impliqués dans les réponses immunitaires sont encore mal compris. « Avec ce vaccin, nous disposons désormais d’un outil capable de provoquer une réponse cellulaire considérable et nous permettant d’étudier les cellules de Langerhans, véritables sentinelles de la peau vis-à-vis des microbes qui envahissent l’organisme et dont on pense qu’elles pourraient jouer un rôle essentiel dans l’induction de cette réponse », souligne Frédéric Martinon. « Peut-être aussi un moyen de comprendre comment certains microorganismes sont capables de piéger le système immunitaire pour se développer en toute tranquillité dans notre organisme et, sans aucun doute, d’imaginer de nouveaux concepts pour les vaccins du futur ».

Remarque : Cet article a été publié dans BIO'actif n°2 (décembre 2009), le magazine de la Direction des sciences du vivant du CEA.